Journal

Le journal de l'association des élèves et anciens élèves
des écoles Doctorales de l'académie de Montpellier

 

Journal n° 28 - 2ème trimestre 2002

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L'association Contact est en deuil. Nous souhaitons rendre hommage au Pr Louis Thaler qui nous a quitté le 18 juin et apportons tout notre soutien moral à sa famille et à ses proches.

 

Sommaire

Édito

Dossier spécial : les doubles compétences

L'actualité de Contact en bref

 

Édito

     Pourquoi vous parler des doubles compétences ?
Après huit années d'études, notre diplôme étant le plus élevé du cursus français, il est légitime de penser qu'il est bien temps de rentrer dans la vie professionnelle active sans pour cela chercher à acquérir une compétence supplémentaire. Mais le risque de l'hyper spécialisation guette, que ce soit dans notre propre domaine de recherche ou, plus particulièrement, pour les 3/4 d'entre nous qui n'intégreront pas les cursus classiques de la recherche publique ou l'enseignement supérieur.

     La double formation devient alors un atout majeur pour acquérir de nouvelle techniques, développer des compétences, s'ouvrir à de nouvelles disciplines (comme c'est le cas dans nos trois premiers témoignages) ou choisir une nouvelle voie, une reconversion qui permettra de valoriser notre diplôme de docteur.

     Certains choisiront de "retourner à l'école" (en suivant des formations complémentaires spécialisées : DESS, IAE, Masters), non pas pour passer une année de plus à la fac mais pour suivre une formation avec un objectif professionnel précis. D'autres choisiront d'être autodidacte, le système D, l'expérience, la pratique.

     Quoi qu'il en soit "double compétence" semble être synonyme d'ouverture d'esprit, de capacité de travail supérieure à la moyenne, d'adaptabilité. Ce dossier spécial n'a pour d'autre but que de vous apporter les témoignages de docteurs qui vivent ces situations au quotidien.

Vân-Ly PHAN
Rédactrice en chef

 

Dossier spécial : les doubles compétences

"Si j'ai une double compétence ? Oui, grâce à ma thèse."
- Le travail en industrie -

     Avec un diplôme d'ingénieur et, depuis novembre dernier, un doctorat en poche, Estelle Darnon est aujourd'hui ingénieur "process et industrialisation". Elle travaille au sein du service "développement industriel" de son entreprise, particulièrement sur la transposition des procédés du laboratoire de recherche vers la production et l'amélioration des procédés de fabrication des médicaments. Ce témoignage nous apporte une vision différente de la thèse : valoriser son doctorat comme une seconde compétence, comme une expérience professionnelle.

   
  Au cours de ma formation d'ingénieur en génie des procédés, j'ai eu l'occasion par l'intermédiaire de stages de travailler sur des procédés
biologiques (production et purification de biomolécules). A la sortie de l'Ecole, j'ai eu envie de me spécialiser dans ce domaine, et c'est dans cette optique que j'ai recherché une thèse. J'ai eu la chance de me voir proposer par Aventis un contrat CIFRE à l'Institut Européen des Membranes de Montpellier. J'ai décidé d'orienter mon après-thèse préférentiellement vers le monde de l'entreprise, souhaitant aller plus vers du développement industriel que vers la recherche fondamentale. Cela correspond davantage à mon besoin de voir mes résultats concrétisés à court terme.

     J'ai commencé ma recherche d'emploi assez tôt, en particulier en suivant en décembre 2000 la formation de M. Guther ("bilan de compétence", organisée par la maison des Ecoles Doctorales). Cette formation m'a apporté des outils pour faciliter ma recherche d'emploi (CV, lettres, entretiens) mais aussi et surtout m'a permis de travailler sur mon projet et mes souhaits professionnels. A partir de là, j'ai suivi les offres d'emploi (presse, internet), et c'est par ce biais que je suis entrée en contact avec le LFB (Laboratoire Français du Fractionnement et des Biotechnologies, entreprise basée aux Ulis en région parisienne) . J'ai intégré cette entreprise en décembre 2001 à l'issue de ma thèse , et je travaille actuellement au développement et à l'industrialisation des procédés d'extraction de certaines protéines plasmatiques.

     Dans le cadre de ma fonction, j'utilise les connaissances techniques acquises pendant mon cursus, essentiellement pendant ma thèse. Toutefois l'entreprise ne recherchait pas pour ce poste un docteur. Elle désirait plutôt un ingénieur avec une 1ère expérience dans le domaine pharmaceutique. J'ai pu aisément présenter ma thèse comme une expérience professionnelle : outre l'expertise technique sur un domaine particulier, la thèse m'a appris à communiquer sur mes travaux, à synthétiser des résultats, à prendre des initiatives, à être autonome et à acquérir une 1ère expérience d'encadrement via la prise en charge de stagiaires.

     Ce qui me paraît important, c'est de faire en sorte que la thèse s'insère naturellement dans son projet professionnel quel qu'il soit (recherche
publique, enseignement, développement...). Cela permet de la valoriser et de mettre en avant tout ce qu'elle nous apporte.

Estelle Darnon

 

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"Si j'ai une double compétence ? Oui, grâce à ma thèse."
- La Pharmacie et de le Droit -

     Les métiers à l'interface de la Pharmacie et du Droit, bien que relativement récents, sont promis à des développements importants, à de réelles perspectives d'avenir.
     Au niveau universitaire, tout d'abord, l'enseignement du Droit en Pharmacie s'est considérablement développé ces dernières années, pour constituer aujourd'hui, des modules obligatoires (de 1ère, 2ème, 5ème année) ou optionnels (D.U "Maintien à domicile" ) et plusieurs U.V correspondant à des enseignements magistraux des trois premières années de Droit (droit civil, des sociétés). Ces U.V. sont nécessaires pour valider les différentes années d'études de Pharmacie (le droit représentant une option possible parmi beaucoup d'autres exclusivement scientifiques).
     En effet, il est apparu que des notions de Droit devaient être acquises par les étudiants, aussi bien dans la perspective de travailler en officine (Droit des sociétés, droit commercial, droit des régimes matrimoniaux.) que pour ceux promis à une carrière industrielle (droit social, Droit de la propriété industrielle). Le Droit fait maintenant partie intégrante de l'enseignement traditionnel de la faculté de Pharmacie de Montpellier.
     Au niveau industriel, une importance croissante est donnée aux questions juridiques au sein des entreprises pharmaceutiques, tant au niveau de la réglementation (car il existe des normes à respecter) qu'au niveau de la valorisation des résultats de la recherche par des titres de propriété industrielle (brevets, certificats d'utilité). A ce titre, les industries pharmaceutiques font appel à des cabinets de juristes (spécialisés en propriété industrielle) ou possèdent parfois leur propre service interne de valorisation. Dans tous les cas, une prise de conscience des enjeux économiques s'est opérée et rend de plus en plus nécessaire la présence de compétences se situant à l'interface du monde scientifique et juridique.

     Quelques mots maintenant sur mon cursus universitaire : je suis pharmacien, option industrie-recherche depuis un peu plus d'un an et réalise actuellement une thèse en Droit (sur un sujet relatif à la propriété industrielle dans un milieu scientifique " le statut de l'embryon et sa place dans de la recherche ").
     Pendant mes études de pharmacie, j'ai systématiquement choisi les U.V de Droit, qui m'ont permis d'obtenir une équivalence DEUG de Droit. J'ai ensuite suivi un D.E.A de Propriété intellectuelle à la Faculté de droit de Montpellier (D.E.A " Créations immatérielles " dirigé par Mr VIVANT) en étant admise sur un niveau de maîtrise en Pharmacie (et parce que les U.V passées m'avaient permis d'avoir les notions de base des trois premières années de Droit). Je me suis ensuite inscrite en première année de thèse de Droit (co-dirigée par un labo de Droit et de Pharmacie) et en licence de Droit. Je suis donc actuellement en deuxième année de doctorat et donne quelques enseignements à la faculté de pharmacie, avec la perspective d'obtenir, à terme, un poste d'enseignant chercheur à la faculté de Pharmacie. Toutefois, ces perspectives peuvent dévier sur la branche industrielle, si les possibilités ne se concrétisent pas à la Fac. Le principal écueil, pour le thésard juridique restant le difficile financement d'une thèse puisque le nombre d'allocations de recherche est inférieur à celui des scientifiques, et les financements industriels relativement rares (faute d'applications véritablement concrètes).
     La principale opportunité, par contre, se trouve dans les passerelles installées entre la Faculté de Pharmacie et celle de Droit, et qui ont permis à certains étudiants de s'engager dans ces doubles cursus. Ils restent cependant très lourds en ce qui concerne l'enseignement puisqu'une double compétence totale est exigée (du DEUG à la thèse), toutefois certains ont pu profiter de cette possibilité de suivre un DEA de Droit et ont ensuite suivi une carrière différente (service juridique de l'AFFSAPS (anciennement Agence du médicament) ; thèse pour ensuite travailler dans un cabinet juridique spécialisé), un troisième cycle juridique valorisant nécessairement une formation scientifique. Il semblerait d'ailleurs, d'après les quelques échos recueillis, qu'il soit d'avantage possible pour un étudiant scientifique de compléter sa formation par une spécialisation juridique que pour un juriste d'obtenir des bases scientifiques justes et solides. Dans tous les cas, les industries s'intéressent de plus en plus à ces compétences hybrides


Cécile Legal

 

Les statistiques, formidable outil de la recherche

Pierre Legendre est professeur à l'Université de Montréal. Biologiste et statisticien, co-auteur avec son frère Louis de "Numerical Ecology"*, le best-seller des biostatistiques, sa renommée est internationale. Pour Contact, il a accepté de répondre à nos questions.

Quel a été votre parcours jusqu'à la thèse ? Etait-il essentiellement tourné vers la biologie ou envisagiez-vous déjà de vous orienter vers les biostatistiques ?
     Au cours de mes études collégiales, l'équivalent du Bac français, j'avais eu d'excellents cours de mathématiques. J'avais alors envisagé de me diriger vers ce domaine. La biologie m'intéressait aussi beaucoup. J'ai finalement choisi la biologie comme formation de premier cycle universitaire, croyant que je ne ferais plus jamais de mathématiques. Je n'avais jamais entendu dire qu'il était possible de combiner ces deux domaines dans une activité scientifique ou professionnelle.

Avez-vous acquis votre double compétence en autodidacte ou avez-vous suivi une formation spécifique ?
 
    Oui, en autodidacte. Je n'ai jamais suivi de cours de statistiques avant mes études de doctorat, à l'University of Colorado (USA), où j'ai entendu parler pour la première fois d'analyse des données à travers la taxonomie numérique. Par la suite, j'ai pris des bouquins de statistiques, j'ai appris à faire de la programmation, en Fortran d'abord, et je me suis lancé...

Ne regrettez-vous pas de vous être éloigné de la recherche biologique stricto sensu?
     Je ne me suis pas éloigné de la recherche biologique stricto sensu. Je poursuis mes recherches en écologie des communautés à travers des programmes d'échantillonnage propres à mon laboratoire. Je participe physiquement à une partie de l'échantillonnage sur le terrain. Je poursuis également mes recherches en évolution à travers les jeux de données de mes étudiants. Mes problématiques de recherche sont toujours écologiques, environnementales ou phylogénétiques. Je développe des méthodes d'analyse de données afin de répondre à mes problématiques de biologiste. Il m'arrive aussi de faire du travail proprement statistique parce que, en tant que biologiste, j'ai besoin des résultats et les statisticiens ne sont pas intéressés à travailler aux questions qui me préoccupent.

Que pensez-vous du fait que les entreprises demandent aux jeunes docteurs non plus une seule compétence mais 2 voire 3 compétences complémentaires ?
     Il est très bon pour les docteurs d'avoir plus d'une corde à leur arc. Cela évite une sur-spécialisation souvent stérilisante. Il y a beaucoup à tirer de l'interaction entre deux ou trois domaines de compétence : on peut emprunter des idées ou des méthodes d'un domaine pour les appliquer à un autre.

*"Numerical Ecology" , Legendre, P. & Legendre, L. 1998. 2nd English edition. Elsevier Science BV, Amsterdam.
http://www.fas.umontreal.ca/biol/legendre/numecol.html>

Laurianne Laine et François Moreno

 

La Création d'Entreprise
ou comment exploiter logiquement ses compétences

Thierry Fahmy est le créateur de XLSTAT© , macro sous Excel© que connaissent bon nombre de personnes qui souhaitent faire de l'analyse de données tout en étant allergiques aux interfaces de Statistica© et autres S.P.S.S.©.
Mais ce jeune créateur, qui se destinait à une carrière dans la biologie moléculaire ne s'est pas arrêté en si bon chemin : le voilà aujourd'hui à la tête de deux entreprises, LogMetrix et Data-Invest toutes deux tournées vers Internet. Cet exemple même de la double compétence nous livre les secrets de son parcours et sa vision de l'entreprenariat.

Quelle a été votre formation initiale ?
     J'ai toujours été passionné par le vivant, et bien que mes notes me destinaient plus à la math-sup qu'à une sup-bio, j'ai réussi à entrer dans la seconde. Après deux ans de prépa, je suis rentré à l'INAP-G (Ecole d'Agronomie de Paris).
J'ai vite voulu faire de la recherche en biologie moléculaire, mais un peu déçu par les stages que j'ai effectués, je me suis replié vers mon autre centre d'intérêt, les mathématiques, et plus spécifiquement, les statistiques, pour lesquelles l'INA-P-G offre une très bonne formation, avec notamment un DEA conjoint avec la faculté d'Orsay, Polytechnique...

     Un stage à la CGE (nouvellement Vivendi Environnement) m'a contraint en deuxième année de l'Agro à développer mes propres macros de statistique sous Excel (1993), et depuis je n'ai jamais arrêté. J'ai eu la chance de faire mon stage de DEA à l'université de Berkeley sous la responsabilité de Frédéric Bois, aujourd'hui à l'INERIS, qui m'a appris beaucoup tout en me permettant de découvrir une Amérique très entreprenante. En revenant en France, j'ai commencé ma thèse au GRESE (Engref) sous la responsabilité d'Eric Parent, en contrat CIFRE avec un laboratoire privé. Pendant cette période, j'ai mené un projet parallèle et très indépendant de ma thèse, le développement de ce qui est vite devenu XLSTAT.

     Très peu de gens ont cru en la viabilité du projet, les professeurs de statistiques n'y voyant aucun intérêt, mon entourage pensant que je n'en vendrais qu'un et que ce serait le dernier. Éric Parent a su tolérer que j'aie un projet autre que ma seule thèse. Quelques amis ont vite vu l'intérêt du produit et m'ont aidé à le tester. Au même moment, l'Internet se développait et dès fin 1995 j'ai créé le premier site d'XLSTAT. Début 1996 j'ai référencé XLSTAT dans les moteurs de recherche et au bout de deux jours j'ai eu le plaisir d'avoir une première commande ... de France. La suivante fut celle d'un américain (je développais déjà en français et en anglais). Les Français sont restés longtemps minoritaires au sein de la clientèle XLSTAT.

     Fin 1997, à la fin de ma thèse, XLSTAT en était à sa version 3, et était déjà un succès, bien que quelques bogues en altéraient parfois la stabilité. Aujourd'hui le produit est devenu très stable, et est utilisé dans plus de 70 pays.
De plus en plus d'enseignants l'utilisent pour former leurs étudiants, et c'est pour moi une grande satisfaction, car cela signifie que les statisticiens sont de plus en plus conscients de l'intérêt de faire des statistiques un outil pour tous et non un outil réservé à l'élite qui dispose de logiciels lourds et coûteux.

     Grâce à XLSTAT, j'ai découvert des domaines que ma formation m'avait fait contourner, mais qui sont finalement amusants : la vente, le marketing et la gestion. Ma préférence va néanmoins au marketing car c'est à la fois créatif, assez psychologique, très varié, et proche des statistiques. La vente a pour intérêt essentiel le fait de permettre des échanges avec des personnes très différentes et intéressantes.

Pour quelle(s) raison(s) vous avez opté pour le milieu privé plutôt que public?
     J'ai avant tout opté pour l'entreprenariat, et non pour le privé ou le public. C'est une troisième voie qui n'est finalement pas antinomique avec "public" et pas forcément proche du privé.
Les mêmes pesanteurs peuvent être ressenties dans les deux secteurs. J'ai depuis toujours eu plein d'idées et envie de les réaliser. Rien de tel que de créer une entreprise pour les voir prendre forme.

     J'étais attiré par la recherche parce que j'espérais y trouver la liberté de chercher et si possible trouver, à une vitesse raisonnable. J'ai malheureusement vite senti dans le milieu de la recherche français (en biologie ou en statistique), une inertie importante, une hiérarchie parfois étouffante et une vision du monde dépassée, sans parler des problèmes de chapelles qui sont très nuisibles.

     L'essaimage ou l'entreprenariat étaient mal vus dans le milieu de la recherche, car assimilés au "privé" et donc à "l'intéressement financier" synonyme de "mal". Les choses ont, je le sais, sensiblement évolué depuis. Mais insuffisamment encore. Je suis prompt à faire des reproches aux Américains, mais sur le plan de la recherche et des liens entre la recherche et l'industrie, ils ont encore de nombreuses longueurs d'avance.

     L'aventure XLSTAT a été vue par le milieu de la recherche français - hormis Eric Parent, Alain Morineau et quelques rares autres - comme une naïveté, un danger pour les statistiques, ou une perte de temps. C'est ahurissant. Aux Etats-unis, j'aurais eu le droit d'aller plus vite, plus loin, plus fort, encouragé par des professeurs. D'ailleurs certains universitaires américains et canadiens m'ont bien aidé.

Il semblerait que l'attrait de la gestion vous ait poussé à créer vos propres entreprises, mais est-ce un choix que d'avoir "abandonné" le créneau des interfaces statistiques au profit des logiciels de statistiques exclusivement voués à Internet ?
     Cela n'a été qu'une aventure. Logmetrix est en train d'être cédé à des groupes plus importants. J'ai vu dans les données générées sur Internet, une source d'information très importante pour les entreprises, susceptible d'améliorer sensiblement la qualité et la pertinence de leurs relations avec leurs prospects et clients. Avec Logmetrix, nous avons créé deux logiciels très performants, mais un peu en avance sur leur temps. En 2002 je compte me consacrer essentiellement à XLSTAT.

Ne songez vous pas, à l'avenir, à vous rapprocher de la biologie (par d'autres moyens que les statistiques...) ?
     Ce n'est pas impossible. Je me tiens au courant des résultats de la recherche dans certains des domaines de la biologie grâce à des amis qui y travaillent. J'aimerais un jour trouver un moyen d'y retourner.

http://www.xlstat.com/
http://www.logmetrix.com/

François Moreno

 


Richard, 29 ans : "chercheur un jour, chercheur toujours ? "
- La veille technologique -

Trois ans déjà...

     Cela fait maintenant plus de 3 ans que j'ai bouclé ma thèse et que je fais donc partie des "anciens". Si on me demandait sur quoi j'ai travaillé en thèse, je pourrais sans problème en parler durant des heures, mais je me rends compte, que le titre même de ma thèse, je ne l'ai plus vraiment en mémoire. Bien sûr en réfléchissant, je pourrai le retrouver, car il est enfoui quelque part. Au-delà de l'anecdote, je trouve cela assez significatif. Faire une thèse, c'est quelque chose d'autre que de se positionner comme le spécialise qui a bossé 3, 4 ans sur les effets de la mutation de l'arginine 235 du facteur XTF12 (Ne cherchez pas la protéine correspondante, je viens de l'inventer...) ou sur la modélisation de la propagation des forces lors du découpage du saucisson à l'ail. Bref, ce que je veux dire, c'est qu'au-delà de ce qui caractérise un docteur dans une discipline donnée, il y a beaucoup de compétences qui ne se voient pas et qui ne se comptent pas en nombre de publications.

     Pour revenir un instant à mon parcours, je précise qu'à l'âge où, sur le plan scolaire, il faut se poser la fameuse question que "qu'est ce que tu feras quand tu seras grand ?", assez rapidement je dois dire, je me suis focalisé sur "être chercheur" sans pouvoir vraiment savoir pourquoi. C'est, dans mon cas, ce que l'on appelle une vocation, avec le recul je n'en doute pas. Cependant faire de la recherche en quoi ? Ça c'était compliqué. En fait, je suis entré à la fac en étant intéressé par tout, mais alors vraiment tout et j'hésitais entre les maths, la physique, l'informatique, la zoologie, l'agronomie, la géologie, etc... bref la galère pour choisir une "spécialité", car le chercheur est forcément "spécialiste" comme je l'ai rappelé au début. Ce fut une grande déception pour moi, car en fait être chercheur dans mon esprit signifiait (je m'en suis rendu compte après coup), être comme au siècle précédent, un touche-à-tout, un savant, bref, un NATURALISTE, un Honnête Homme qui faisait aussi de la philosophie à ses heures perdues. Mais pas de bol, j'avais beau rechercher dans le dossier du centre d'orientation de ma fac, il n'y avait pas de doctorat en "naturaliste"...

     Heureusement pour moi, le fameux déclic est arrivé en seconde année de fac quand j'ai eu mes premiers cours sur la photosynthèse. Le cours avait commencé par un rappel sur la dualité onde-corpuscule, puis le prof parlait aussi bien de rendement d'un champ de blé, de durée d'ensoleillement que de la barrière d'énergie que devaient faire franchir nos fameux photons pour que l'ensemble du mécanisme photosynthétique se déclenche. On avait à l'issue de ce processus qui se mesurait en quelques fractions de secondes une phrase magique pour moi : la transformation de l'énergie lumineuse en énergie chimique. Ouaouh !!! Je me souviens que ce cours avait lieu le vendredi après-midi et j'y ai pensé tout le week-end. Je venais de découvrir un sentiment fabuleux, une excitation, une "vibration ", que dis-je, un véritable tremblement de terre intellectuel !! C'est cet état particulier au chercheur que je venais de découvrir. C'était décidé, je serais chercheur et pour cela je ferais une thèse en physiologie végétale. Voilà le mot magique pour moi : PHYSIOLOGIE. Bon je sais que beaucoup à ce stade se rappelleront plutôt de mauvais souvenirs et que c'est plutôt les triples intégrales ou un bon gros paquet de lignes de code en C++, ou ce que vous voudrez, qui vous fait vibrer. Mais justement, gardez toujours à l'esprit cette " première fois ". Rétrospectivement, je constate que je suis toujours physiologiste " à ma façon ". Pourtant, bien malin celui qui pourrait deviner quel est mon métier aujourd'hui et quel est celui que je ferai "demain "...

Après la physiologie, les sciences de l'information

     Pour certains, une thèse c'est la première étape avant d'être Maître de Conf. ou chercheur dans un organisme de recherche académique, et ils occuperont effectivement ces postes. Pour d'autres, la thèse c'est une étape, mais ils n'ont pas forcément bien défini ce que sera l'après-thèse. À ceux-là, je donnerai quelques pistes. À l'époque où j'entamais ma seconde année de thèse à Montpellier, c'était aussi l'organisation des premières Doctoriales, avec notamment le soutien actif de Contact. Après le premier frisson lors de ma rencontre avec la physiologie, là, ce fut plutôt un électrochoc. Mais un électrochoc sympathique et très progressif qui a transmis au jeune doctorant que j'étais quelques clés pour analyser mon parcours et commencer à tracer mon " avenir ". Vous trouverez beaucoup de témoignages sur les Doctoriales et beaucoup convergent. Personnellement j'ai appris et retenu deux choses : le réseau humain est primordial dans tout ce que l'on fait et ce que l'on fera. Il détermine, justement ce que l'on peut faire, compte tenu de notre position dans le " monde ". Aussi bien le monde universitaire, qu'associatif ou privé, etc... La seconde chose que l'on a " osé" dire c'est qu'il n'est pas indécent de s'intéresser à d'autres débouchés que les classiques postes dans le secteur académique. C'est en ayant en main ces 2 clés que j'ai poursuivi ma thèse, les yeux grands ouverts sur le monde extérieur à l'université.

     Personnellement, étant en science expérimentale (la physiologie, je vous l'ai soufflé plus haut), je faisais mes manips de façon " pépère " sans me poser trop de questions. Mais au-delà de l'activité même de laboratoire, il y avait aussi des activités que je devais faire en tant que chercheur et qui m'intéressaient fortement. Par exemple, rechercher de l'information sur Internet, pour connaître quels sont les labos " concurrents " ou encore suivre l'évolution des techniques pouvant me servir pour mes manips. Tout cela m'intéressait. Alors en bon scientifique, j'ai commencé à m'intéresser méthodiquement à ces activités. J'ai ainsi découvert la " veille technologique ". Très fier de ma découverte, j'ai poursuivi et de fil en aiguille j'ai appris qu'il y avait différents type de veille, que l'ensemble pouvait être coordonné sous l'appellation " Intelligence économique " ou encore " Intelligence Stratégique ". Le fil que j'avais commencé à suivre m'a mené jusqu'à m'intéresser aux techniques utilisées en veille, comme le Datamining, ou la bibliométrie ou ensuite " knowledge Management ". À ce stade, je passais des heures sur Internet à poursuivre ma récupération d'information. J'ai rapidement appliqué des méthodes de recherche d'information, puis je suis devenu suffisamment expérimenté pour en créer moi-même. À ce stade, j'en savais autant en " science de l'information " et sur la " planète Internet " que sur mon propre sujet de thèse que je continuais en parallèle.

     En quelques mois, et appliquant une démarche scientifique (rigueur et logique), je m'étais trouvé un " nouveau métier potentiel ", j'avais appris pleins de nouveaux mots ;-)) et mon carnet d'adresse avait quasiment doublé en taille. À partir de cet instant, qui c'est situé en fin de seconde année (soit 9 mois après avoir suivi les Doctoriales), j'ai commencé à envisager quelque chose qui fait peur à beaucoup : " arrêter la recherche. "Oulalala !!! - me disaient certains - mais à quoi ça te sert de faire une thèse si tu ne fais pas de recherche ensuite ? ". Ben justement, mon avis est que la thèse au-delà de nous former sur un domaine qui permet de dire " docteur en mathématique " ou " docteur en histoire de l'art ", cette thèse nous apprend deux choses que sont la rigueur et la logique. Rigueur et Logique, c'est le couple que l'on retrouve dans beaucoup de métiers et les appliquer permet tout simplement de faire ces métiers différents.

Pourquoi pas une "physiologie d'Internet" ?

     Comme vous l'avez lu, mon parcours de thèse avait déjà bien bifurqué et il a continué ensuite. À l'encontre de toutes les habitudes de la majorité des docteurs en biologie, j'ai par exemple décidé de faire un post-doc en restant en France et de ne pas partir dans un pays anglo-saxon. La raison principale est que je voulais poursuivre l'approfondissement en " science de l'information " que j'avais initié en thèse. Je ne me sentais pas non plus " mûr " pour arrêter la recherche " de paillasse " du jour au lendemain. J'ai donc pris mon temps. Durant mon post-doc, j'ai par exemple suivi une formation en informatique au CNAM, en cours du soir. Le diplôme ne m'intéressait pas, je voulais juste continuer à apprendre et pouvoir justifier de rajouter une " compétence " de plus sur mon CV.

     C'est au début de ma seconde année de post-doc, que tout a basculé.. : je me suis lancé à la recherche d'un emploi en " science de l'information ", mais tout en ne perdant pas de vue que j'étais " aussi " docteur ès science. Très rapidement et par le biais du réseau que je m'étais constitué, j'ai rencontré un industriel de la chimie et de la biologie avec qui le courant est très bien passé. J'y ai rencontré beaucoup de monde et ils m'ont finalement proposé un poste que j'ai envie de qualifier de " sur mesure ".
     J'occupe maintenant ce poste depuis plus d'un an et le couple fonctionne toujours très bien. Si j'étais chercheur au CNRS, je pourrais sans problème parler de mon poste, de mon labo et de mes sujets de recherche, mais c'est la différence lorsque l'on travaille dans le " privé ", il faut nécessairement être plus discret. Je peux par contre vous dire que je suis en contact quotidien avec des chercheurs, mais que je ne fais pas de recherche.... Plusieurs fois par jours je peux traverser des labos, sans y faire de manip. Mon travail est à l'interface entre le monde de la recherche et celui très vaste des sciences de l'information. Le point commun avec ma thèse est que je passe de nombreuses heures par jour sur Internet, que je récupère de l'information, la traite et que j'en publie aussi également, toujours sur Internet. Ma motivation initiale pour faire une thèse était la physiologie. Aujourd'hui, je travaille en mettant en uvre des mécanismes intellectuels et des méthodes de travail qui sont de mon point de vue, strictement les mêmes. Dans mon esprit, je suis toujours physiologiste, mais physiologiste d'Internet...      Au moment où j'écris ces lignes, un projet de recherche en physiologie végétale appliquée est en cours d'analyse par des investisseurs privés. Non, pas que la "physiologie d'Internet" ne me plaise plus, mais vous savez ce qu'on dit : "chercheur un jour, chercheur toujours". Finalement, l'essentiel est de faire ce qui nous plait et de garder le contrôle de notre parcours. Peut importe le doctorat que vous préparez, il vous donnera une autonomie, pour changer de métier et pourquoi pas une assurance pour le recommencer quand vous en aurez envie ? Si vous n'êtes pas convaincu, contactez-moi !

Richard

 

Un parcours détonnant, à cela rien d'étonnant
- L'informatique -

Cyril Sarrauste de Menthière a soutenu sa thèse en biochimie à l'université de Montpellier I, en 1999 il est maintenant en charge des ressources Internet et Bio-informatiques de l'Institut de Génétique Humaine (IGH).
     
     Dès le début de ses études universitaires, il est poussé par une grande curiosité des sciences et techniques et des "métiers parallèles". Trouvant le cursus "classique" (licence de biochimie) trop théorique, il décide de s'inscrire en Maîtrise Sciences et Technique (MST) Physico-chimie de la formulation à l'UMII : " Ce cursus de 2 ans m'a permis d'appréhender des sujets généralement non traités dans la filière universitaire classique, comme la colorimétrie physico-chimique, le marketing, le contrôle qualité, la communication et la législation. Cette formation, principalement tournée vers l'industrie, met en place, au cours d'un stage de 6 mois, les procédés de contrôle-qualité dans une distillerie à la Réunion confrontée à des problèmes législatifs dus à une non maîtrise des différentes étapes de fabrication.

     La période n'étant pas des plus propices à l'embauche dans l'industrie, il décide de poursuivre sa formation et de s'inscrire à Marseille en DESS Physico-chimie de la formulation : " Ceci m'a permis de me perfectionner dans des domaines comme la toxicité, la dermatologie, l'environnement, la corrosion. ". Il valide ce diplôme par un stage de 9 mois en R&D à L'OREAL au cours duquel il travaille sur un nouveau concept de coloration capillaire : " Ce stage me plongeait autant dans la chimie pour la conception moléculaire, que dans la biologie pour appréhender les performances et la toxicité du produit sur tête, et dans la physique en ce qui concerne les aspects couleur et matière du produit fini. ".
     
     Riche de cette formation, il se réoriente vers un " cursus classique" en s'inscrivant au DEA Interface Chimie-Biologie à Montpellier I,. Au cours de sa thèse, Cyril réussit à caractériser une protéine par modélisation informatique et dépose un brevet sur un composé dont les potentialités thérapeutiques contre le diabète étaient des plus prometteuses.
Parallèlement à ses travaux de recherche, il suit les cours d ' "Introduction à la connaissance et à la gestion des entreprises" de l'IAE de Montpellier et mis en place par Contact, et s'intéresse aux nouvelles technologies de communication : Internet et le web.

     Sur la fin de sa thèse, il devient contractuel à mi-temps à l'institut de génétique humaine (IGH) au poste de responsable des ressources Internet et Bio-informatique, poste qu'il occupe maintenant à plein temps : " Tout d'abord focalisé sur la mise en place de sites web dynamiques (bases de données) pour l'IGH, l'école doctorale CBS2 Cette approche des bases de données m'a permis de m'impliquer dans des projets internationaux liés à la biologie. Une manière d'établir des réseaux de bases de connaissances scientifiques ".

     Ses compétences en physico-chimie et en bio-physique lui permettent de collaborer avec différentes équipes de l'institut pour la mise en place et l'amélioration de protocoles expérimentaux. Il est devenu l'interlocuteur privilégié d'un projet de start-up pour la création de logiciels de profilage de protéines. De plus, cette connaissance du milieu de la recherche et de l'informatique lui permet de s'intégrer dans des groupes de travail européens pour le développement de la publication électronique. Enfin, il s'occupe de la communication de nombreuses conférences scientifiques.
 
     Ainsi on voit qu'à travers ce parcours atypique, Cyril Sarrauste de Menthière a réussi à trouver sa place au carrefour des nouvelles technologies, de l'informatique, de la biologie et la chimie. En ce sens, il suit une formation continue d'ingénieur système réseaux. La pluridisciplinarité nécessite, à son sens, de la curiosité et une soif continue d'apprendre.


Jérôme Gobinet

 

L'Assurance Qualité, le poste aux mille facettes

Mouna Kellou a intégré le service Assurance Qualité d'un laboratoire pharmaceutique après des études universitaires ponctuées par un DESS en Industrie Pharmaceutique. Elle nous livre son témoignage, ainsi que celui d'une responsable qualité issue d'une filière doctorale.

Un lien fonctionnel avec la recherche

     Je travaille depuis plus de 4 ans au sein du service Assurance Qualité (AQ) d'un laboratoire pharmaceutique en tant qu'Adjointe au Responsable AQ. J'ai une formation initiale universitaire en Biochimie (DEUG, licence et maîtrise à l'Université Montpellier II), complétée par un DESS en Industrie Pharmaceutique options Immunotechnologie et Assurance Qualité.( faculté de Pharmacie, UM I) .
     La démarche qui m'a menée de la biochimie à l'intégration d'un service en AQ peut se résumer de la sorte : au cours de mon année de maîtrise, je me suis posée la question de savoir si j'avais véritablement la vocation de devenir " chercheur ". La réponse a été négative. Toutefois j'avais la conviction de vouloir rester dans le domaine de la recherche et plus précisément de travailler en collaboration avec des chercheurs du secteur de la santé. En d'autres termes, j'avais envie d'aider les chercheurs à mieux s'organiser dans leur travail et de les aider à garantir une fiabilité et une crédibilité dans l'obtention de leurs résultats. J'ai alors recherché " Le " métier qui pouvait répondre à mon attente. J'ai entendu parler de l'AQ et de l'importance de cette discipline au sein d'une entreprise. J'ai donc intégré un DESS qui m'offrait la possibilité d'en faire mon métier.
     Afin de " garder le pied à l'étrier " au cours de ma recherche d'emploi, j'ai suivi une formation " Qualipôle " complémentaire (formation Qualité organisée conjointement par un organisme régional en AQ et le Pôle Universitaire Européen du Languedoc-Roussillon qui a sans aucun doute apporté " un plus " à mon embauche.

     A la lumière de mon expérience, les messages que j'aimerais faire passer sont les suivants :

  • La connaissance du milieu de la Recherche & Développement (R&D) et de bonnes bases scientifiques sont nécessaires à une adaptation pertinente et spécifique des normes AQ dans l'industrie pharmaceutique, de biotechnologie ou cosmétique. L'importance d'une " double compétence " à ce niveau-là est indéniable.
     
  • Les entreprises demandent de plus en plus aux personnes travaillant en R&D d'avoir des compétences en gestion de projet afin de rationaliser les coûts de la recherche et d'être capables de travailler en équipe.
     
  • Les groupes pharmaceutiques sont souvent internationaux, une bonne connaissance de la langue anglaise est aussi incontournable.
     
  • Le service AQ est un service transversal où s'exercent des liens fonctionnels avec d'autres services. L'AQ, rôle " touche à tout " dans l'entreprise, est un véritable sésame qui vous conduit dans tous les recoins de l'entreprise et permet ainsi aux jeunes recrues de l'appréhender dans sa globalité. Par conséquent, le métier de l'AQ peut constituer un tremplin vers d'autres fonctions.
     
  • Il est nécessaire pour un étudiant d'être en quête d'information et de formations complémentaires pour trouver plus rapidement du travail. En effet, les diplômes et les lettres de motivations ne sont plus suffisants de nos jours : il faut savoir se démarquer en prouvant sa curiosité par rapport au monde de l'entreprise.
     
  • Développer une double compétence est apprécié par l'employeur : En effet, la double compétence non seulement démontre une certaine richesse, adaptabilité et flexibilité du candidat, mais lui permet également de mieux comprendre les besoins d'une entreprise.
     
  • Lorsque l'on possède une formation de base " scientifique " il est plus aisé de la compléter par une autre (du type gestion, finance, informatique). L'inverse est peut-être moins évident a mettre en uvre.
     
  • Au cours des études, la quête d'informations sur les évolutions législatives et économiques du monde de l'entreprise est primordiale. En effet, ces évolutions sont de nouvelles opportunités qui sont souvent à l'origine de " nouveaux métiers ". Elles offrent de nombreux postes aux jeunes diplômés.
     
  • L'expérience professionnelle doit également être variée (vente, marketing, management) il faut en quelque sorte se " despécialiser " pour être capable de comprendre les différents métiers, leur réalité et leurs contraintes dans le contexte de la culture générale de l'entreprise.

  • Après la thèse, une porte d'entrée dans l'entreprise : l'expérience d'une universitaire.


    nb :Nous ne pouvons pas présenter la personne interviewée, les fonctions qu'elle exerce recquièrant l'anonymat.

         Après un cursus entièrement universitaire, notre interlocutrice a soutenu une thèse spécialisée dans le domaine des Sciences Pharmacologiques en 1989. Dans un premier temps motivée pour poursuivre dans le secteur académique, les concours de recrutements aux profils très étroits d'une part, et les post-docs souvent précaires d'autre part, l'ont amenée à se diriger vers le monde de l'entreprise.
         Dans la droite ligne du domaine abordé lors de sa thèse, une entreprise l'a alors recrutée pour développer le système d'AQ. Elle a rapidement acquis une formation de base en qualité au sein de l'entreprise, ainsi que par l'intermédiaire d'organismes interprofessionnels.
      Les principaux arguments qui ont fait la différence lors de ce premier recrutement étaient la connaissance, acquise durant sa thèse, de techniques proches de celles exploitées dans l'entreprise, mais aussi sa valeur en tant que " docteur ", à savoir principalement son esprit d'analyse et de synthèse. En revanche, ses compétences dans le domaine de la qualité lui ont permis de se faire embaucher en tant que responsable assurance qualité dans le secteur recherche et développement d'un laboratoire pharmaceutique quelques années plus tard.

         Au-delà de cette expérience, il ressort que la préparation à des concepts aussi présents dans l'entreprise que l'assurance qualité ou la gestion de projet peut se faire par une sensibilisation lors de la thèse. Ces notions sont d'ailleurs intégrées dans le déroulement de la thèse, mais la plupart du temps inconsciemment. En effet, la mise en place d'un programme de recherche sur plusieurs années n'est autre qu'une gestion de projet ; de la même façon, le respect d'une certaine rigueur, la définition de protocoles répétables et fiables s'apparentent de très près à de l'assurance qualité. Il s'agit seulement de verbaliser des concepts que le thésard aborde sans en être pleinement conscient. La mise en évidence de ces concepts permet alors de les valoriser face au recruteur, et au-delà, de mieux communiquer une fois dans l'entreprise. Ceci ne nécessite pas une formation lourde, contrairement à des notions telles que la propriété intellectuelle ou la réglementation juridique et économique.

         Une nécessité, toutefois, pour que le doctorant puisse accéder à des formations parallèles de ce genre, consiste dans la sensibilisation de son directeur de thèse. En effet, un directeur qui permet à son doctorant de gérer plus complètement son projet de thèse (gestion de matériel, de budget, recherche de financements, participation à des congrès, etc) le forme d'autant mieux à appréhender celui-ci dans sa globalité. Au contraire, un doctorant qui ne s'implique pas au-delà de l'acquisition, la gestion de données et la rédaction de publications perd une ouverture d'esprit très précieuse quand vient le moment du recrutement. Plus généralement, des formations pluridisciplinaires permettent d'acquérir une connaissance du fonctionnement et des besoins de l'entreprise que la thèse n'offre que très rarement au doctorant.

    Présentation (première partie) et propos recueillis (seconde partie) par Mouna Kellou

     

    - La propriété industrielle -

    Elise Dème est docteur en Microbiologie. Après avoir soutenu en 98, elle a suivi une formation en propriété industrielle au CEIPI puis a acquis un certificat "Droit des contrats d'affaires" du CNAM en 2001. Elle est aujourd'hui Ingénieur Propriété Industrielle chez Protéus, une entreprise de biotechnologies en plein essor située à Nîmes.

    Pour quelles raisons vous êtes-vous éloignée de la recherche à proprement parlé ?
         Ma thèse portait sur un sujet très très fondamental ("l'épissage autocatalytique des introns de groupe II chez la levure" !). Bref, moi qui était intéressée par des applications plutôt industrielles ou médicale, je n'étais guere servie de ce coté là. Par contre, mon sujet portait sur des manips très intéressantes (scientifiquement parlant) ... et il m a beaucoup plu.

         Ce qui m a poussé à aller voir ailleurs ? Disons qu'à l'époque, mon directeur de thèse partageait la direction du laboratoire avec Pierre Legrain, actuellement directeur scientifique de la societe Hybrigenics. Pierre Legrain a en fait créé cette société alors que j'étais dans son laboratoire. J ai commencé à entendre parler de Business Plan, de brevets (l'equipe de Pierre Legrain en a déposé un en copropriété avec l'Institut Pasteur), de partenaires ... tout ceci avait l' air fort passionnant, surtout aux vues de l'excitation que cela provoquait chez les personnes qui allaient se lancer dans l'aventure (plusieurs réunions ont eu lieu au sein du labo). Du coup, j ai commencé à réfléchir et à m'y intéresser ...


    Mais pourquoi la propriété industrielle ?
         J'ai entendu parler pour la première fois de brevets, comme je le disais précédemment, au sein de mon labo. Puis, à un forum étudiant, j'ai assisté à l'intervention d'un ingénieur brevets ... ça a été une sorte de révélation. Je commencais à y penser de plus en plus sérieusement, en n'osant toujours pas sauter le pas. Et puis, par hasard, il s'est avéré que la femme d un de mes amis était dans la profession. Nous nous sommes rencontrées et elle m'a parlé avec une telle passion du boulot que j'ai mordu à l'hameçon pour ne plus le lâcher !!!

    En quoi consiste la formation que vous avez suivi?
         La formation du ceipi : une annee de folie !! Il ne faut pas se voiler la face !! C' est une année extrêmement difficile, à la fois du coté horaires (9h-18h du lundi au vendredi), et quantité de travail et de connaissances à ingurgiter en un temps record !!

         On y accède sur dossier (plus lettre particulierement motivee). Ces deux dernieres annes, la selection pour entrer au CEIPI a été accentuée, surtout pour les biologistes, et l'examen final est aussi plus sévère (40% d'échecs l'année dernière).

         On y acquiert des notions de droit général (comparaison du droit francais, anglo saxon, organisation des tribunaux ...), connaissances en droit (procédures de délivrance, lois ...), des brevets francais, européen et international (PCT), ainsi qu'en droit américain. Il y a aussi beaucoup de travaux pratiques permettant de familiariser les étudiants avec l'analyse de brevets. En fait, je trouve que la formation nous prépare plus particulierement à travailler en cabinet de propriété industrielle. Le droit des contrats et des societes a aussi ete abordé mais de maniere plus "succinte".


    Quel a été votre parcours depuis l'obtention de ce diplôme ?
    De juillet à octobre 99 : cabinet ORES - Paris
         J'ai été prise dès ma sortie du CEIPI, en juin 99, dans ce cabinet de Propriété Industrielle fort reconnu sur la place Parisienne. Cependant, j'ai décidé de démissionner avant la fin de ma période d'essai!! En fait, j'ai pris cette décision non seulement parce que l'ambiance de travail y était particulièrement déplaisante mais aussi parce que le travail ne m'intéressait pas vraiment ... de plus, je n'étais absolument pas encadrée

    De novembre 99 à décembre 2000 : Société Skuld-Tech de Montpellier
         J'ai intégré cette jeune start-up pour y travailler un an avant de rejoindre mon entreprise actuelle.


    De janvier 2001 à maintenant : Société Protéus de Nîmes
         Je pense enfin y avoir trouvé ce que je cherchais vraiment ! Une "petite entreprise" (à mon arrivée, nous étions 32), un chef avec de l'expérience, un travail varié et passionnant, et une ambiance jeune et dynamique !! Le service de Propriété Industrielle de Protéus est en constants changements car la société grandit à vitesse grand V. En effet, aujourd'hui nous sommes presque 50 ...

    Quelles sont vos fonctions au sein de cette entreprise ?
         Pour ce qui est de mon travail au quotidien, je m'occupe plus particulièrement des contrats et de leur suivi. Le service marketing prospecte, négocie et rédige les premières versions des contrats avec nos clients. Puis, la rédaction finale se fait en partenariat avec notre service. Pour ce qui est des contrats de collaboration (avec des universités ou des centres de recherches publics), tout passe directement par la PI (contacts, rédaction, négociation, suivi régulier).

         Je m'occupe aussi du suivi des marques de la société ainsi que des brevets portant plus particulièrement sur la microbiologie. Les brevets plus "biologie moléculaire" sont traités par l'une de nos collègues et ceux plus "chimie" vont être traités par un des chercheurs de la société qui vient de rejoindre notre service.

         Bien sûr chacun fait aussi de la veille technologique pour ses propres dossiers, même si nous avons aussi une collègue qui s'en occupe à plein temps ... mais dans un but plus stratégique de surveillance de la concurrence et des autres techniques utilisées sur le marché.

    Il s'agit donc en fait d'un service assez conséquent comparativement à la taille de la société :3 docteurs en bio, un docteur en chimie, tous dirigés par Jean-François BLOCH, pharmacien et aussi CEIPIste. Ce que j'ai trouvé de plus : un service très interactif où personne n'est vraiment trop spécialisé, ce qui permet une forte interconnexion entre nous, beaucoup de discussions animées sur les différents sujets ... tout cela avec un directeur très professionnel et ayant beaucoup d expérience !! bref, le rêve !?

    Quel message souhaiteriez ­vous faire passer à nos lecteurs ?
         Lancez vous !! Les métiers connexes à la recherche sont nombreux et souvent inconnus des doctorants. Après votre soutenance, sachez que vous pourrez tout à fait valoriser votre expérience de thèse dans de nombreux métiers tout en restant proches de la recherche.

         On a d'ailleurs souvent peu conscience de tout ce que la thèse nous a appris ... faire donc son bilan personnel et professionnel est souvent un point de départ pour une nouvelle orientation. J'insisterai plus particulièrement sur le fait que les docteurs ont souvent une grande capacité de travail et d'adaptation à différentes situations, ce qui est un atout important en entreprise ... d'ailleurs, c'est l'une des raisons pour lesquelles notre PDG, Monsieur DUPRET a choisi de recruter surtout des docteurs pour les postes à responsabilité (nous sommes près de la moitié des salariés).

         Il ne faut pas non plus perdre de vue qu'en entreprise (surtout de petite taille), rien n'est figé !! On peut y entrer pour faire de la veille technologique, 6 mois après on vous demande de faire du brevet et un an après vous pourrez avoir à développer le marketing ...

         Et puis, si on n'est pas satisfait de son poste, il ne faut pas hésiter à le faire savoir quitte à changer d'entreprise !!

         Bref, ne pas hésiter à sauter le pas pour lâcher la paillasse... ça peut faire beaucoup de bien et être très constructif du point de vue professionnel comme personnel.


    Propos d'Elise Dème, recueillis par Vân-Ly PHAN

     

    - Le journalisme scientifique -

    Danielle McCaffrey a effectué la majeure partie de ses études de biologie à Paris. C'est après une DEA d'Océanologie Biologique (Paris VI) qu'elle a décidé de quitter la recherche fondamentale pour le journalisme scientifique. C'est à Montpellier, au sein du DESS de Journalisme Scientifique et Technique (Université Montpellier I *1), qu'elle effectue ses premiers pas dans le monde du journalisme. Elle appréhende alors aussi bien l'aspect écrit du travail que les aspects verbaux, multimédia(*2) et d'investigation.
    Danielle travaille actuellement au magazine " ça m'intéresse ".

    Après ton DEA, tu n'as pas pu poursuivre en thèse. Pourquoi as-tu choisi d'acquérir une double compétence biologie-journalisme plutôt que de chercher du travail ou de rester dans ta branche ?

         Pendant mon cursus scientifique, j'ai toujours pris beaucoup de plaisir à préparer les différents mémoires ou rapports de stage. La fibre littéraire n'était pas loin. Après mon DEA d'océanologie, je ne me voyais pas continuer à travailler dans ce domaine. Le monde de la recherche ne me correspondait pas du tout et je n'étais pas prête à étudier un seul domaine pendant des années. Je n'étais pas assez passionnée par la recherche. Je pensais déjà au journalisme scientifique depuis 1 an puisque j'avais hésité à présenter les différentes écoles et DESS à la fin de ma maîtrise. Mais je voulais auparavant me spécialiser un peu plus en océanologie et mieux connaître le milieu des laboratoires.

         Dans quelle mesure ton cursus antérieur t'a-il aidée dans ce DESS ?
         Le DESS de journalisme scientifique s'adresse à des scientifiques. Mon cursus antérieur était donc nécessaire. Le fait de "pousser" jusqu'en DEA m'a permis d'avoir une plus grande expérience du monde de la recherche et une meilleure compréhension de la façon dont il fonctionne.

    Ayant eu une formation scientifique, t'a-t-il été difficile de faire appel à des bases littéraires ?
         J'ai toujours été très littéraire. Après le bac, j'hésitais entre des études d'histoire et de sciences. J'aime écrire et n'ai pas de difficulté à le faire. J'ai par ailleurs rédigé la plupart des lettres de motivation de mes amis de DEA qui postulaient pour des thèses.

    Le DESS Journalisme Scientifique et Technique de Montpellier I est une formation " professionnalisante ", c'est-à-dire qu'elle fournit aux étudiants les bases nécessaires à leurs évolution dans le milieu en plus d'un aperçu des différentes facettes du journalisme moderne. Néanmoins, il est évident que cette orientation implique que l'intéressé ait un minimum la fibre littéraire

    Penses-tu, dorénavant, avoir plus de chances de trouver un emploi ?
         J'en ai un ! La double compétence est clairement un atout. Presque tous les organes de presse ont besoin de personnes ayant de solides connaissances scientifiques et capables de les vulgariser.

    Laurianne Laine

    *1 http://www.multimania.com/dessjst                retour au texte
    *2
    http://www.lareinerouge.com/index.html

     

    L'actualité de Contact

    - P'tits déj-entreprise -

         Les rencontres P'tits déj-entreprise continuent... Nous vous attendons le Jeudi 4 juillet au RU du Triolet pour parler ensemble de la "psychologie du travail" autour de croissants et autres viennoiseries !
         Recrutement en entreprise, gestion du potentiel humain d'un point de vue psychologique. Des psychologues et des industriels interviendront sur le sujet.
         Nous vous attendons nombreux. Vous pouvez dés à présent vous inscrire.

    - Naissance de la cellule "étrangers" -

         Lors de leur arrivée en France, les étudiants étrangers souffrent souvent d'un déficit d'informations, aussi bien au niveau des démarches administratives à effectuer que du déroulement de la vie quotidienne à Montpellier. Afin de pallier ces difficultés, l'Association Contact travaille actuellement à la mise en place d'un service d'accueil et d'aide des DEA, doctorants et post-docs étrangers arrivant à Montpellier. Ce service, assuré par des doctorants et post-docs, consistera à la fois à fournir des adresses et informations utiles aux nouveaux arrivants, mais aussi à les intégrer dans une ambiance conviviale au sein de groupes d'étudiants montpelliérains. Pour nous aider ou vous informer : etrangers@contact.asso.fr

    - "Doctorant, docteur : état des lieux et perspectives" -

         A l'occasion de la tenue du CA de la CEC, une conférence-débat sur le thème "Doctorant, docteur : état des lieux et perspectives" s'est tenue dans la matinée du 1er juin. Etaient présents M. Miossec, vice-président de l'UM3, les membres des bureaux de la CEC et de Contact, et des doctorants (notons au passage la forte représentation de l'UM3). La discussion a porté sur deux thèmes principaux : le financement de thèses par libéralités, bourses sans couverture sociale d'une part, et les conditions de réalisation d'une thèse en sciences humaines et sociales d'autre part.

    - Doctoriales® -

         La prochaine édition des Doctoriales® Languedoc-Roussillon se déroulera du 17 au 23 novembre 2002 à Mèze (Hérault). Pour tout renseignement complémentaire et inscription : http://doctoriales.contact.asso.fr

    - CEC -

         Les 1er et 2 juin derniers s'est tenue sur le campus de l'Université Paul-Valéry une réunion du conseil d'administration de la CEC (Confédération des Etudiants-Chercheurs), fédération nationale d'associations de dotorants. Retrouvez les actions menées par la CEC sur : www.contact.asso.fr/cec

    - à Montpellier -

         Contact a organisé, ce jeudi 20 juin, la journée de rencontres Biotechno2002, en collaboration avec 4 autres associations de 3ème cycle de l'Académie*.
         Cette journée proposait à tous les chercheurs et étudiants en Science de la Vie de s'informer sur les biotechnologies, et notamment sur les métiers accessibles dans ce domaine.
         Des professionnels, de structures publiques et privées, sont venus témoigner au cours de conférences et de tables rondes sur des thèmes comme les débouchés professionnels (R&D, qualité, journalisme, management, marketing), la création d'entreprise, le recrutement... Cette journée a également été l'occasion de rencontrer des entreprises et de participer à des ateliers emploi.
         La manifestation s'est tenue sur le site de l'AGRO.M (Ecole Nationale Supérieure d'Agronomie de Montpellier). Elle a rassemblé plus de 450 participants autours d'environ 95 intervenants et exposants, et 16 entreprises de Biotechnologies. Le compte rendu complet de ces journées sera bientôt disponible sur le site de Contact ou sur www.biotechno.asso.fr/accueil.htm

    * (Abium, Athéma, CBS2 et Polybiotech)

     

     

     

     Informations Complémentaires

     Tous nos remerciements à :

    Mlle. Estelle darnon
    Mlle. Elise Dème
    M. Thierry Fahmy
    Mlle. Cécile Legal
    M. Pierre Legendre
    Mlle. Danièle Mc Caffrey
    M. Richard G.
    M. Cyril Sarrauste de Menthière

     Pour contacter l'équipe de Rédaction :

    Guillame Bertault
    Florence Charles
    Jérôme Gobinet
    Vincent Jourdain
    Laurianne Laine
    Jocelyn Méré
    François Moreno
    Vân-Ly Phan (Rédactrice en chef) Catherine Thominot Morales

    Si vous souhaitez diffuser vos informations dans les prochains numéros de ce journal, contactez nous

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